Miel Black Horse : ce que les analyses officielles ont trouvé dedans

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Le miel Black Horse n’est pas un complément alimentaire à base de plantes malaisiennes. Les analyses conduites par le service commun des laboratoires de la DGCCRF et de la DGDDI ont détecté dans ces sticks du sildénafil et du tadalafil – deux médicaments délivrés sur ordonnance pour traiter les troubles de l’érection – sans que ces substances apparaissent sur l’étiquette. L’ANSM, la DGCCRF et la DGDDI classent le produit comme produit de santé frauduleux. Sa vente, son achat et son importation sont illégaux en France, et aucune autorisation de mise sur le marché n’a jamais été délivrée.

Si vous avez déjà consommé ce produit et ressentez une oppression thoracique, un malaise ou une sensation de tête qui tourne, appelez le 15 immédiatement. Ne cherchez pas d’abord à vérifier si la cause est liée au miel.

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Ce que l’étiquette affiche, ce que les analyses trouvent

L’emballage joue sur une imagerie cohérente : miel pur, gelée royale, Tongkat Ali (une plante connue en médecine traditionnelle d’Asie du Sud-Est sous le nom de Eurycoma longifolia), pollen d’abeille. Selon les versions – Black Horse Vital Honey, Black Horse Extra, Black Leopard – l’étiquette ajoute de la maca, du ginseng, du gingembre ou du girofle. Le packaging évoque la forêt malaisienne, l’origine artisanale, la tradition. Le produit est conditionné en sticks de 10 g, avec une posologie précisément formulée : un stick tous les deux à trois jours, à prendre à jeun entre trente minutes et deux heures avant l’activité.

Ce niveau de détail posologique est précisément ce qui aurait dû alerter : un complément alimentaire à base de plantes n’a pas de fenêtre thérapeutique à respecter. Les médicaments, si. Les analyses officielles ont confirmé ce que cette précision suggérait : les sticks contiennent du sildénafil ou du tadalafil, molécules actives des traitements contre la dysfonction érectile, absentes de toute mention sur l’étiquette. Le produit se présente comme un aliment ; il contient en réalité des principes actifs pharmaceutiques, à des concentrations qui relèvent du médicament, sans en avoir le cadre légal ni le contrôle qualité.

Un dosage qui varie d’un stick à l’autre

Ce qui aggrave la situation, c’est l’absence totale de régularité dans les concentrations mesurées. Selon les données issues du service commun des laboratoires DGCCRF/DGDDI, un stick peut contenir 30 mg de sildénafil, et le suivant 150 mg – soit cinq fois plus. Ce ne sont pas des approximations de fabrication légèrement imparfaites : c’est une variation qui change radicalement la nature du risque.

Pour fixer un repère, ces valeurs sont celles issues des analyses officielles. Le lecteur ne dispose d’aucun moyen de savoir, en achetant un stick, dans quelle partie de cette plage il se trouve. Même un consommateur qui aurait consommé le produit une fois sans incident ne pourrait rien en déduire pour la fois suivante.

C’est cette aléatoire qui distingue le miel Black Horse d’une simple fraude sur l’étiquette. On ne parle pas d’un ingrédient déclaré en quantité imprécise, mais d’une molécule pharmaceutique présente à des niveaux qui varient de façon incontrôlable, dans un conditionnement qui ne donne aucun signal d’alerte visuel.

Pourquoi ces molécules peuvent être dangereuses sans suivi médical

Le sildénafil et le tadalafil agissent sur les vaisseaux sanguins en les dilatant. Lorsqu’ils sont prescrits, le médecin évalue au préalable le profil cardiovasculaire du patient, vérifie l’absence de contre-indications et ajuste la dose. Hors de ce cadre, deux situations deviennent particulièrement risquées.

La première concerne les personnes qui prennent des médicaments contenant des nitrates – utilisés notamment dans certains traitements de l’angine de poitrine ou de l’insuffisance cardiaque. L’association avec le sildénafil ou le tadalafil peut provoquer une chute de tension sévère, potentiellement fatale. Cette interaction n’est pas un effet secondaire rare : elle est documentée et constitue une contre-indication absolue dans tous les protocoles médicaux.

La deuxième situation à risque est plus large : toute personne avec des antécédents cardiaques, une tension artérielle basse ou un traitement antihypertenseur en cours est exposée à des effets imprévisibles, d’autant plus que la dose absorbée varie d’un stick à l’autre sans qu’on puisse l’anticiper.

Pour les personnes sans antécédent connu, le risque est différent mais pas nul : l’absence de suivi médical prive de tout filet de sécurité si une intolérance ou un problème sous-jacent non diagnostiqué existe. C’est comparable, dans la logique de risque, à ce que l’on retrouve avec certains compléments marins vendus avec des allégations de santé non encadrées : l’intention d’usage est légitime, mais l’absence de contrôle transforme le produit en variable incontrôlée.

Ce que les autorités françaises ont fait depuis 2021

En juillet 2021, l’ANSM, la DGCCRF et la DGDDI ont publié une alerte officielle conjointe sur les miels aphrodisiaques de type Black Horse. Cette alerte a été mise à jour régulièrement depuis.

En novembre 2024, les douanes du port de Marseille ont saisi plus de 860 000 sticks de miels aphrodisiaques frauduleux – un volume qui illustre l’ampleur de la circulation de ces produits en France malgré leur illégalité. En 2025, un rappel volontaire a été émis suite à la détection de substances actives médicamenteuses susceptibles d’engendrer des effets indésirables graves.

Le cadre légal est sans ambiguïté : le miel Black Horse est un produit de santé sans autorisation de mise sur le marché (AMM). En France, un produit contenant des principes actifs pharmaceutiques ne peut pas être vendu comme complément alimentaire. Sa vente, son achat et son importation – y compris pour usage personnel via un site étranger – sont illégaux. Cela vaut pour toutes les versions commercialisées sous ce nom ou des variantes proches (Black Horse Extra, Black Horse Vital Honey, Black Leopard).

Les sites qui proposent ce type de produit opèrent en dehors du cadre légal français. Le fait qu’un produit soit facilement accessible en ligne ne modifie pas son statut juridique, pas plus que les questions de composition réelle que pose la chaîne d’approvisionnement de nombreux aliments transformés vendus sur internet.

Reconnaître d’autres produits du même type

Le miel Black Horse n’est pas un cas isolé. D’autres produits circulent sur le même modèle : aphrodisiaque présenté comme naturel, ingrédients exotiques valorisés, vente exclusivement en ligne. Voici les signaux qui doivent alerter avant tout achat de ce type :

  • Aucun numéro d’AMM ou de notification DGCCRF visible sur l’emballage ou la fiche produit.
  • Promesse d’action rapide et précise (« efficace en 30 minutes », « tient plusieurs heures ») : les compléments alimentaires à base de plantes n’ont pas de fenêtre thérapeutique définie – les médicaments, oui.
  • Ingrédients exotiques sans dosage déclaré : un produit alimentaire sérieux indique les quantités de ses composants actifs.
  • Absence de notice en français ou notice traduite approximativement, sans mention des contre-indications.
  • Vente uniquement via des canaux informels : réseaux sociaux, sites sans mentions légales complètes, boutiques en ligne sans adresse physique vérifiable.
  • Prix unitaire élevé pour un « complément alimentaire » : le positionnement tarifaire imite celui des médicaments de prescription, pas celui des suppléments alimentaires classiques.
  • Déclinaisons multiples avec des noms proches (« Extra », « Vital », « Gold », « Leopard ») : une prolifération de références sous un même nom générique est souvent le signe d’une production non régulée.

La vérification la plus directe reste la base de données de l’ANSM et les alertes publiées par la DGCCRF, accessibles sur leurs sites officiels respectifs.


Si vous avez consommé du miel Black Horse et ressentez le moindre symptôme inhabituel – douleur ou oppression dans la poitrine, malaise, essoufflement, baisse de tension – appelez le 15 sans attendre. Ne cherchez pas d’abord à établir un lien avec le produit : les secours sont là pour ça.